Les troubles musculo-squelettiques (TMS) représentent aujourd'hui 88 % des maladies professionnelles reconnues en France — une réalité documentée par l'Assurance Maladie dans son rapport 2025. En 2024, ce sont plus de 42 300 nouveaux cas qui ont été officiellement reconnus, soit une hausse de 8 % par rapport à l'année précédente.
Ce qui rend les TMS particulièrement difficiles à combattre, c'est leur nature multifactorielle. Ils ne touchent pas seulement les métiers physiques. Un cadre sédentaire passant 8 heures par jour assis devant un écran court autant de risques, différents mais réels, que l'opérateur de production qui enchaîne les gestes répétitifs.
Que sont exactement les TMS ?
Les TMS regroupent un ensemble de pathologies affectant les muscles, les tendons, les nerfs et les structures articulaires. Ils concernent principalement les membres supérieurs — épaule, coude, poignet — et le rachis. Leur origine est rarement unique : les contraintes biomécaniques, l'organisation du travail, les facteurs psychosociaux et le niveau de récupération interagissent constamment.
Parmi les TMS les plus fréquents en entreprise :
— Les lombalgies (douleurs du bas du dos)
— Le syndrome du canal carpien
— Les tendinopathies de l'épaule et du coude
— Les cervicalgies liées aux postures prolongées
Un coût qui dépasse largement l'arrêt maladie
Une erreur fréquente consiste à n'évaluer le coût d'un TMS qu'à l'aune de l'arrêt de travail. Or selon les données 2025 du rapport de l'Assurance Maladie - Risques professionnels, la durée moyenne d'un arrêt TMS est de 73 jours — soit plus de deux mois de salaire et de productivité perdus.
Mais le coût réel est bien plus large. Il faut y ajouter le remplacement du salarié, la désorganisation de l'équipe, la surcharge de travail des collègues (estimée à 15 % de perte d'efficacité collective selon l'ISEOR), et les cotisations AT/MP qui augmentent mécaniquement. Au total, on estime le coût moyen d'un cas de TMS reconnu à 21 300 € pour l'entreprise (coûts directs), avec des coûts indirects pouvant tripler cette somme.
Tous les secteurs sont concernés
La logistique et l'industrie concentrent le plus grand nombre de cas. Mais les services numériques ont enregistré une hausse de 32 % des TMS entre 2020 et 2024, portée par la généralisation du télétravail et les mauvaises conditions ergonomiques à domicile.
La sédentarité est devenue un facteur de risque à part entière. En avril 2024, le gouvernement français a fait de la lutte contre la sédentarité une grande cause nationale — reconnaissant que 95 % de la population est exposée à un risque de détérioration de la santé par manque d'activité physique, selon l'Anses.
Ce que cela implique pour les équipes RH
Pour un responsable RH ou QVCT, les TMS ne sont pas seulement un sujet de médecine du travail. Ce sont des indicateurs de performance : taux d'absentéisme, coût de remplacement, qualité de vie au travail, marque employeur. Agir sur les TMS, c'est agir simultanément sur plusieurs leviers stratégiques.
La bonne nouvelle : le retour sur investissement de la prévention est documenté. Selon l'EU-OSHA, les programmes de prévention des TMS génèrent en moyenne 2,2 € de retour pour 1 € investi dès la première année.
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